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MUSIQUE
Papa Wemba : « J'ai arrêté la world music pour ne pas m'éloigner de mon public et pour ne pas céder du terrain aux concurrents »
2007-12-17 13:31:58 par AEM

Image de l\En séjour à Brazzaville, nous avons rencontré fortuitement Papa Wemba en train de tailler bavette avec le ministre de la Communication et porte-parole du Gouvernement du Congo Brazzaville, Alain Akouala Atipault. Comme à ses habitudes, c'est-à-dire toujours pro et disponible pour la presse, il a répondu aux questions d'Afriqu'Echos Magazine (AEM)

AFRIQU'ECHOS MAGAZINE (AEM) : Papa Wemba, surpris de vous voir à Brazzaville sans que vous ayez été annoncé par les médias...


PAPA WEMBA (PW) :
Je suis arrivé le jeudi 6 décembre en provenance de Paris où j'étais invité à la célébration du 15ème anniversaire de la radio africaine "Africa N°1". Et juste après, avec mon ami Lokwa Kanza, nous avons été invités à Brazzaville à la célébration du millionième abonné du réseau de Téléphonie mobile Celtel.


AEM:Une semaine à Kinshasa, quelques jours à Brazzaville, vous repartez à Paris via Kinshasa et vous revoici à Brazzaville, les choses semblent aller très bien ?


PW :Je ne peux pas dire le contraire, ça va bien et je vais là où le métier m'appelle.


AEM : Vous avez plusieurs groupes à Paris et à Kinshasa, comment gérez-vous tout cela ?


PW :C'est Un peu grâce à la discipline que j'ai mise en place, par mon savoir-faire et par le sérieux que je mets dans le travail. C'est ce qui justifie tous ces déplacements : Paris, Kinshasa, Brazzaville et partout ailleurs.


AEM : En 37 années de carrière, êtes-vous satisfait de votre parcours ?


PW :Si je n'étais pas satisfait, je n'allais pas continuer dans cette carrière car c'est un peu toute ma vie. Donc, je ne peux pas dire le contraire. Dans ma vie, il y a eu des hauts et des bas et ma carrière, je l'ai taillée en dents de scies : tantôt elle monte, tantôt elle descend ainsi de suite. Tout cela, c'est la vie.


AEM : Malgré la forte présence de musiciens congolais en Europe, la musique congolaise ne semble pas rayonner sur le plan international. Comment expliquer cela ?


PW :C'est vrai qu'on dit ‘'beaucoup d'appelés, mais peu d'élus'' ; et je reprends la phrase de tout à l'heure, cela dépend du sérieux que l'on met dans le travail. Je dirais même que nous avons tous du talent, nous respirons le même air et nous bénéficions gratuitement du soleil que Dieu nous donne quotidiennement mais nous n'avons pas la même chance. Chacun de nous a sa chance.

AEM : Vous avez fait votre entrée dans la World Music à travers la chanson « Emotion », après plus rien. Comment expliquer cette situation ?


PW :C'était dans ma propre stratégie car je n'ai pas voulu couper complètement avec ceux qui ont fait de moi ce que je suis devenu aujourd'hui. Tout d'abord, je suis Congolais et ensuite Africain ; je n'ai pas voulu m'éloigner d'eux et pour ça, j'avais essuyé des critiques acerbes de la part de mes mélomanes.

On me critiquait de vouloir m'éloigner de la rumba congolaise et la réalité de cette musique avait fait que d'autres personnes avaient pris ma place. Voila comment je me suis dit qu'il fallait faire un recul pour mieux sauter après.


AEM : Comment jugez-vous le niveau actuel de la musique congolaise ?


PW :
On peut dire qu'elle ne décolle pas, mais nous devons tous reconnaître que c'est la seule musique qui glane des trophées un peu partout en Afrique. Il suffit de regarder dans le bureau du président Kabila pour vous rendre compte de la moisson récoltée par les artistes musiciens congolais. Donc, cette musique se porte tant bien que mal.


AEM:
Qu'en est-il des infrastructures nécessaires pour promouvoir cette musique ?


PW :C'est un vrai souci car nous sommes obligés d'aller souvent enregistrer en Europe ce qui nous coûte énormément. Pour cela, je demande à nos gouvernants de ne pas parachuter des gens à la tête du ministère de la Culture, parce que ceux qui se succèdent là ne font que la politique politicienne à la place de la politique culturelle. D'où la nécessité de mettre des gens qui ont le souci de la culture et qui vont travailler pour l'épanouissement et la promotion de la culture.

Et si possible, octroyer des crédits à nos hommes d'affaires pour qu'ils investissent dans ce secteur. Nous manquons une industrie musicale dans notre pays.


AEM : On accuse la musique congolaise de faire la part belle aux dédicaces. Quel est votre point de vue ?

PW :Bien au départ, il y a le message et après les dédicaces et ces dernières viennent en second lieu.


AEM : Par rapport à la montée de la jeune génération, est-ce un danger pour vous ou un motif de fierté ?


PW :Chaque chose en son temps. Si aujourd'hui il y a cette montée des jeunes ; on doit s'en féliciter, s'en réjouir. Mais je leur dirai que le chemin est long et plein d'embûches. Donc, il faut être sérieux, travailler davantage son art et ne pas dire que je suis arrivé parce qu'on a fait un album et qu'il a récolté du succès. Ou encore penser que ce succès va durer toute la vie. Pour moi, ces jeunes sont les bienvenus et doivent savoir qu'il existera toujours une concurrence loyale entre nous.


AEM :
Vous avez apporté plusieurs innovations dans la musique congolaise : introduction du lokolé, le mélange de la rumba et du rock qui a donné la rumba-rock et tout dernièrement l'acoustique ; que recherchez-vous dans cette démarche artistique ?

PW :Je dis toujours que je ne suis pas un chanteur qui a des limites puisqu'au début de ma carrière, je me suis retrouvé à la croisée de plusieurs genres musicaux. Et je me suis toujours dit qu'il faut, chaque fois, sortir ce que j'ai emmagasiné dans mes tripes pour qu'on ne soit pas insatisfait à la fin de sa vie. Tout ce qu'on peut faire aujourd'hui, il ne faut pas le reporter à demain. Je peux bien être à l'aise dans la rumba comme dans le RNB ou la musique latine.

AEM : Quels sont vos projets en cours ?


PW :À court terme, je prépare l'album de Bana Malongi, le nouveau concept que j'ai mis en place avec des jeunes qui ont l'âge de mes enfants. Je suis comme un visionnaire car c'est là la survie du groupe Viva la Musica. Je ne recrute pas les jeunes pour venir me remplacer parce qu'on ne remplace pas quelqu'un mais plutôt pour continuer le groupe après moi.

Et l'album qui est en chantier est intitulé ‘'Kaka Yo''.

AEM : Pourquoi "Kaka Yo" ?

PW :« Kaka Yo » veut dire cela dépend de toi. C'est à toi d'apprécier ou pas.

AEM : Que pensez-vous du phénomène de featuring ?


PW :
Je suis l'un des musiciens congolais qui a fait beaucoup de featurings. J'ai chanté avec le vieux Wendo, Rochereau, Kwamy, Lutumba, Kester, Koffi Olomidé, JB Mpiana, Tshala Mwana, Madilu, Sam Mangwana et tout récemment avec Defao. Les featurings sont une bonne chose car il nous faut ce genre de collaboration pour l'envol de notre musique.


AEM : Certains jeunes artistes s'illustrent, aujourd'hui, par le manque d'égards et de reconnaissance envers les aînés. Quels rapports entretenez-vous avec vos aînés ?


PW :
De bons rapports. Les aînés sont là et aucun jeune n'a vu naître et grandir les aînés mais le contraire est vrai. Mais comme le disent les écritures saintes : « la reconnaissance n'est pas de ce monde ». Donc, je dirai que personne de nous n'est arrivé là où il va ; nous sommes tous sur le chemin et personne n'est à côté de Dieu.


AEM :
Vous évoquez le nom de Dieu, êtes-vous un chrétien pratiquant ?


PW :
La pratique dépend d'une personne à une autre car même quand on ne peut pas aller à l'église il faut néanmoins pratiquer sa religion. Pratiquer, c'est rester en communication avec Dieu. Donc je vais rarement à l'église et je ne me rapproche pas aussi des fidèles pour partager la parole mais je suis un croyant et je crois en Dieu notre Père tout Puissant, le Créateur de la terre et du Ciel.|
|Propos recueillis à Brazzaville par Herman Bangi Bayo



 

 


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