SOCIETECONGO-BRAZZAVILLE : (1945-2008) 63 ANS D'ECHEC DE COHABITATION ENTRE LE NORD ET LE SUD.2008-02-28 16:37:00 par CGPLUS Les évènements en cours dans les vielles nations européennes doivent nous interpeller, d'autant plus que l'anthropologie est générale à l'humanité entière, et, en occurrence, les difficultés constatées dans les pays d'Europe de l'est, sont exactement les mêmes qu'en Afrique. Hier c'était la dislocation de la Yougoslavie et aujourd'hui c'est le tour de la Serbie.
Appolinaire Noël KOULAMA fait le rapprochement entre ces évènements et le Congo et reste fidèle à sa tradition sur la révision des rapports entre les communautés [1]
où comment faire cohabiter les différentes communautés congolaises, dans une perspective de création d'une nation, pour mieux affronter la mondialisation et résister à la françafrique.
1) CHRONIQUE D'UNE NATION REJETEE AUX CALENDES GRECQUES :
Au commencement était la colonisation, La France pour justifier sa présence et son occupation sur le territoire congolais, va présenter, à la 1ère conférence de Berlin de du 15 novembre 1885 et la 2ème conférence de Berlin du 26 février 1885, convoquées par le Chancelier allemand Bismarck, deux protectorats l'un signé par le Roi « Ma Loango » avec le Lieutenant de Vaisseau Commandant « Le Sagittaire » en 1883 et l'autre par le roi « Makoko » en 1881 avec Savorgnan De Brazza. Entre ces deux communautés royales existent d'autres communautés linguistiques et culturelles différentes et indépendantes.
Les premières élections coloniales au Congo, ont été organisées par la France en 1945, pour désigner le représentant du peuple congolais à l'assemblée Nationale Française. 2 partis s'affrontent : Le Parti Progressiste Congolais (PPC) de Jean Félix Tchicaya et la Section Française de l'Internationale Ouvrière (SFIO) de Jacques Ludovic Opangault. Pendant 10 ans, la vie politique au Moyen-Congo sera rythmée par ces deux personnages, en rappel, les élections ont été gagnées par Jean Félix Tchicaya le 21 novembre 1945 et devient le premier congolais élu au suffrage universel et le premier député congolais à l'Assemblée Nationale Française. Déjà à cette époque, Jean Félix Tchicaya avait pour fief le sud (de la région du Kouilou-Niari à la région du Pool) et de son côté Jacques Ludovic Opangault avait pour partisans le nord, (des régions du Nord du pays jusqu'à la région de l'Oubangui-Chari). Déjà à cette époque, les tensions politiques entre les communautés existaient, mais n'avaient, jamais, atteint son apogée.
10 ans après, arrive sur l'échiquier politique du Moyen-Congo, l'abbé Fulbert Youlou, son entrée politique fulgurante, soutenue par les colons blancs, il devient rapidement la deuxième personnalité politique, après Jean Félix Tchicaya en se référant aux nouvelles élections législatives de 1956 et aux élections territoriales à Pointe-Noire de 1957. Puis plus tard, après le coup d'état électoral de 1958 à l'Assemblée territoriale de Pointe-Noire, dirigée par Jean Félix Tchicaya, Jacques Ludovic Opangault boycotte et demande de nouvelles élections, les émeutes interethniques s'éclatent à Pointe-Noire par contre, Jean Félix Tchicaya se retire progressivement de la vie politique.
La vie politique congolaise sera, désormais, rythmée par Fulbert Youlou et Jacques Ludovic Opangault. Les tensions politiques montent, rapidement, entre les deux personnalités et les différentes communautés ethniques. Le même jour de crise à l'Assemblée territoriale à Pointe-Noire, Fulbert Youlou décide avec ses députés le transfert de la capitale de Pointe-Noire à Brazzaville, et en 1959, une guerre civile politico-ethnique s'éclate, à Brazzaville, entre les communautés ethniques de la région du pool et celle des régions nord .
Depuis l'espace politique congolais restera bipolarisé pendant longtemps, d'un côté les Bangalas (nordistes) et de l'autre les Bakongos (sudistes). L'arrivée des militaires cuvettois au pouvoir ne démentira pas à cette bipolarisation, ainsi le tribalisme apparaît comme institutionnalisé, les Bakongos (sud), en majorité la région du Pool, vont payer le prix lourd. De cette époque, les sudistes vont être exclus par le parti unique, après la mort de Marien N'Gouabi, les sudistes sont des bouc émissaires, à la tête de cette animosité, on y trouve entre autre, l'actuel Chef d'état, le Général Président Denis Sassou N'Guesso revenu par un coup d'état sanglant ayant conduit à une guerre civile ethnique.
Les premières élections propres postindépendances vont permettre l'arrivée de Pascal Lissouba au pouvoir, les résultats électoraux du 1er tour seront la photocomposition de la carte ethnique et régionaliste du Congo-Brazzaville, par conséquent, pendant la démocratie congolaise, les affrontements interethniques seront les plus sanglants de l'histoire congolaise, et lors de coup d'état du Général Président Denis Sassou N'Guesso, la majorité des militaires de sa région, font défection aux institutions démocratiques de la république, pour la guerre civile ethnique lié à ce coup d'état.
Pour mieux comprendre les difficultés qui, empêchent à la cohésion nationale, il nous faut repartir au début, car au commencement était, La conférence de Berlin, et, qui n'était qu'une concertation où les puissances européennes, se sont partagées l'Afrique, sans prendre en compte les réalités anthropologiques, cette ignorance va conduire aux européens de morceler arbitrairement le continent, c'est la division des peuples ayant des langues communes, des coutumes, des croyances et des traditions identiques, c'est ainsi que l'on trouve des majorités ou des minorités dans les pays africains, dont le Congo-Brazzaville n'échappe pas à la règle.
Finalement, le Congo-Brazzaville reste un état artificiel, « où l'attachement à l'ethnie, la tribu et la région reste très fort, que l'allégeance à une nation », selon Appolinaire Ngolongolo. Par ailleurs, le tribalisme qui est une conscience réelle d'appartenance effective à une ethnie ou une région déterminées et de les croire ou de les vouloir supérieurs à d'autres, est un facteur de division nationale et de rejet de l'édification de la Nation, des communautés ethniques, vivant toutes dans un même Etat.
2) LE SIEGE DES FUTURS CONFLITS POLITICO-ETHNIQUES:
Les différences linguistiques sont à l'origine des ethnies, à partir desquelles, peuvent être nées des identités. En se référant de ce que nous avons dit plus haut, on en déduit, immédiatement, que l'existence des ethnies ne sont pas forcement l'existence des nations, et, donc dans cette foulée, elles ne sont pas forcement génératrices de replis identitaires.
Or, dans les différenciations à la fois linguistiques, culturelles, religieuses etc..... il faut intégrer le postulat, tel que, ces notions ne produisent pas de groupement ou de regroupement, mais, seuls les Humains en reproduisent à partir des identifications ou des identités crées. En d'autres termes, il peut exister :
• une identification à la langue, (véhicule de communication et de culture), comme groupement et regroupement.
• Une identification à la région, (socle de protection et de survivance), comme groupement et regroupement.
En conséquence, c'est à partir des groupements ou des regroupements que le phénomène de l'identité sur une personne ou sur une communauté entière, prend naissance. Pour généraliser dans ce sens, on peut dire, par exemple, que les ouvriers s'identifient par leurs combats communs contre le patronat, dont ce combat a donné naissance à une identité qui est le syndicalisme, idem pour autres corporations.
En ce qui nous concerne le Congo-Brazzaville, il existe des identités à partir des langues et à partir des régions, j'irai même plus loin, en disant qu'il existe des micro-états constitués d'une ou de plusieurs régions. En se référant de ce que nous avons dit plus haut, je ma permet de rappeller, que les identités ne causent pas de conflits, mais ce sont les Humains par identification aux identités, qui peuvent causer des conflits.
Dans la vie politique, lorsque l'identité « nation » ne peut rassembler, les identités communautaires structurent et restructurent la politique et l'économie, d'où le risque important de conflits politico-ethniques. Au Congo-Brazzaville, comme dans plusieurs pays africains, l'on constate des positionnements des communautés ethniques ou régionales pour le pouvoir d'état. Ces structurations sont des enjeux politiques majeurs pour les communautés, par conséquent, le tribalisme devient incontournable pour arriver à ces fins.
Comment et Pourquoi peuvent se produire des conflits politico-ethniques ?
Parmi les points communs entre le Congo-Brazzaville et la Belgique ou les pays de l'est, c'est la perte de la substance idéologique au profit de l'ethnicisation des partis politiques. En Belgique, les partis socialistes, comme les partis démocrates wallons et flamands se déterminent wallons et flamands et les alliances se font entre parti démocrate et socialiste wallons, Idem pour les flamands. l'ethnicisation de la vie politique belge a mis les communautés dans une tension et le pays au bout de la scission. Au Congo-Brazzaville, le même phénomène a créer des guerres civiles ethniques.
Les crises politico-ethniques peuvent avoir pour origine, les différences en identité ethnique, les différences en structures sociales par exemple. L'hétérogénéité est vécue comme une richesse, lorsque l'ensemble des différences qui la composent, converge vers un point commun, qui est celui de la Nation, dans le cas contraire, elle peut s'avérer fatale. En effet, il faut intégrer dans les rapports socio-humains hétérogènes, le fait qu'il peut y avoir, dans le temps, des évolutions, des complexités et des variabilités des processus. Et, c'est dans ce sens, que nous allons distinguer ou reconnaître des corrélations entre les « processus politiques et sociaux » et les « structures politiques et sociales ».
Par ailleurs, en admettant que les communautés non homogènes, ayant une pratique codifiée soumise à des règles, des normes différemment élaborées sur les manières d'agir, de penser, de se sentir, comme étant des réalités culturelles observables, les processus dynamiques et évolutifs peuvent, en cas de crises particulières, entraîner au changement de la nature des rapports sociaux et de leurs contextes (occasionnant des conflits politico-ethniques). Voilà, autant de variabilités et des complexités, capables d'influencer sur les mécanismes identitaires et interculturels, sources des difficultés importantes à gérer. Ces variables sont entre autres : La mémoire de l'histoire, les idéologies, la pauvreté, le choc des cultures, le choc des structures sociales, le complexe, la françafrique etc..... et toutes ces variables rendent, facilement, les identités manipulables.
C'est ainsi, dans le temps, des évolutions, des complexités et des variabilités des processus ont conduit à des structures ayant causé des crises au Rwanda, en ex-Yougoslavie et ailleurs dans le monde.
3) CONCLUSION :
En partant du postulat, qu'une Nation ne peut être assimilée à une communauté ayant des caractéristiques commune où une communauté vivant sur le même Etat, une distinction claire se constitue entre « Nation » et « Etat » : La notion de la Nation relève de la sociologie et celle de l'Etat, relève de la politique. L'état étant considéré comme une notion juridique constituée d'un contour géographiquement délimité, reconnu par l'Organisation des Nations-Unies (ONU) et dans lequel on rencontre un peuple. L' Etat est donc une reconnaissance juridique de la communauté internationale, par contre, la Nation est une notion anthropologique. Il existe une nation lorsque les membres d'une même société ont le sentiment d'appartenance réelle et effective à la communauté nationale.
Il est évident, que la notion anthropologique de Nation, est la plus importante, car c'est d'elle que s'analyse les sociétés dans leurs structures, que dans leurs évolutions. En reprenant la citation de Oliveira Salazar, nous pouvons dire, qu'au Congo-Brazzaville, La Nation est une solidarité et une association permanente d'intérêts matériels liée par des affinités ethniques et régionales, depuis 1945 année des premières élections.
Quand à la question intéressante que posait Mouélé Kibaya sur http://lepangolin.canalblog.com, « dans quelle ethnie, faudra t-il classer les enfants issus de couple ethniques mixtes au Congo ? » Bien évidemment, l'ethnie étant avant tout une identité, des enfants issus des couples ethniques mixtes créent aussi leurs identification ethniques, la construction des identités, peut avoir d'origines diverses ou d'influences diverses, et contribue, solidairement, aux différentes évolutions, pour laquelle, je ne vais pas développer ici. Comme exemple : Les autochtones de Talangaï sont des laris, qui pour certains savent ou d'autres ne savent plus leurs origines laris, mais par contre, ils se déterminent comme M'Bochis, voilà leur vrai identité ou leur vrai ethnie et certains de ses autochtones d'origine laris ont eu des comportements tribalistes envers d'autres communautés, au nom de « nous les M'Bochis ».
Nous avons vu plus haut, « la chronique d'une Nation rejetée aux calendes grecques » et « le siège des futurs conflits politico-ethniques », il vaut la peine d'aller vers en tenant compte de la réalité anthropologique congolaise, où comment faire coexister les différentes communautés:
• Le Fédéralisme, dont son but principal est la paix entre différentes communautés, la paix n'est pas l'absence de la guerre, mais une situation sage, pour laquelle la guerre n'est pas nécessaire pour résoudre les conflits, chaque communauté étant autonome, se confie à l'état fédéral comme arbitre. Il permet, aussi de résoudre au mieux les injustices du pouvoir central d'un Etat, où règne le tribalisme communautaire et réduire les velléités tribales, et ne porte pas incidence à une autre communauté.
• La dislocation démocratique et pacifique d'un Etat en plusieurs Etats distincts s'inscrit aussi sur la paix.
C'est le cas de l'ex-Tchécoslovaquie, on pourrait envisager pour le Congo-Brazzaville une dislocation entre le nord et le sud. La dislocation démocratique et pacifique tient compte de la notion anthropologique de l'inexistence de la Nation, car dans ce cas, même le fédéralisme est inefficace, pour créer de la cohésion nationale. C'est pourquoi, la paix passe par la scission de l'Etat en des Nations distinctes et indépendantes.
Le tribalisme a rendu le pays faible et vulnérable, La démocratie est en panne, l'économie peine de s'émanciper, le Congo-Brazzaville nécessite, donc, une restructuration, nécessaire pour la paix véritable, car l'unité et la Nation demeurent des constructions essentielles. La démocratie est utile comme bonne gouvernance, mais n'apporte pas, nécessairement, la paix, c'est le cas du Kenya, du Rwanda, du Congo-Brazzaville. A l'heure actuelle, il n' y a pas encore de communautés autonomiste au Congo-Brazzaville, le fédéralisme sera le facteur d'un début de paix véritable entre les communautés ethniques.
Le fédéralisme apporterait cette liberté qu'on a besoin pour la mondialisation et mieux résister à la françafrique, qui aura de plus en plus du mal à se faire un passage, enfin s'installeront plus facilement, la culture du mérite, de la récompense du mérite et de la responsabilité.
Auteur : Appolinaire Noël KOULAMA
Publication : 25 février 2008
Rubrique : Congo-société
Source : http://infopagecongo.oldiblog.com
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