S'agit-il d'une fatalité ou d'une société difficile à conduire vers la prospérité ?
Appolinaire Noël KOULAMA revient sur l'histoire et analyse l'origine des pesanteurs, et des incompétences sur la gestion de nos entreprises d'états et publiques, puis, décortique les comportements, sur la gestion des entreprises d'état et publiques.
1) ORIGINE DES INCOMPETENCES DANS LES ENTREPRISES ETATIQUES :
Les années Marien N'Gouabi [ 1 ] vont inaugurer pour la première fois au Congo, une politique honteuse et injuste, c'est l'opération « Yaka noki-noki », ce qui revient de dire : « venez de toute urgence sur Brazzaville et le paiement de vos billets d'avion seront effectués plus tard ». On assistera, donc, à une venue massive des paysans, un exode rural entretenu et encouragé par le régime de Marien N'Gouabi puis poursuivi par celui de Sassou N'Guesso [ 2 ].
Cette politique concertée et voulu par les régimes marxistes léninistes successifs sur l'exode rural posait deux problèmes très sérieux, celui du logement et celui de l'emploi :
Au niveau du logement : L'amplification des nouveaux arrivants sur la ville de Brazzaville aura des conséquences dans ses quartiers périphériques nord, on y assiste impuissamment au développement anarchique d'occupation des terrains contres les normes cadastrales, faisant de ses quartiers nord, des quartiers communautaires. Ces habitants apportent massivement leurs voies au Dictateur Président Sassou N'Guesso et sont prêts à le défendre au moyen de guerre civile ethnique.
Au niveau de l'emploi : Cette arrivée massive de ces nouveaux arrivants, feront d'eux des véritables privilégiés. En effet, le système sous les régimes marxistes-léninistes vont les intégrer massivement dans l'armée, dans la fonction publique et dans les sociétés nationales parapubliques dont la Société Nationale d'Electricité. Cette politique ressemblera à une institutionnalisation du tribalisme, ou une conspiration car les sudistes congolais seront massivement écartés de ses emplois, au profit de ces nouveau arrivants venus du nord.
Une nouvelle culture prend naissance au Congo-Brazzaville, le tribalisme comme moyen d'intégration et d'accès à l'emploi, le mérite est rejeté aux calendes grecques, mais un autre problème vient se greffer sur cette nouvelle culture digne de pays bananier, c'est l'intégration sociale des nouveaux diplômés congolais :
le marxisme-léninisme va forger une partie de sa politique, sur l'instruction pour tous, par manque de moyens financiers, l'école publique qui était, jadis, à temps complet, devient à mi-temps de l'école primaire au collège. Le pire est à venir.
En effet, les bacheliers congolais bénéficiaient systématiquement d'une bourse d'étude supérieure, parmi lesquels étaient des bourses pour les études en pays de l'est, conformément à la coopération entre le Congo-Brazzaville et les anciens pays du pacte de Varsovie, cette coopération était fondée sur la fourniture continue du bois congolais contre la formation des étudiants congolais dans le pacte de Varsovie.
L'attitude des pays de pacte de Varsovie est déplorable, le principe de ces pays est de respecter le contrat en nombre d'année prévu pour la formation, ainsi, de nombreux congolais incompétents vont avoir à la fin du nombre d'année prévue par le contrat et par la formation, se faire attribuer le diplôme d'ingénieur, nous verrons plus bas, que l'intégration de ces nouveaux diplômés aura un impact dans les entreprises d'utilité publiques et autres.
La formation des jeunes congolais ne feront jamais l'objet d'une planification, d'une étude au préalable, pour adapter la formation des jeunes, aux besoins du pays pour le développement et sur le bassin immédiat de l'emploi. Cette formation tous azimuts et non maîtrisée obligera les régimes marxistes-léninistes d'imposés des recrutements dans la fonction publique, dans l'armée et dans les sociétés nationales parapubliques.
Ainsi, on rencontre facilement un ingénieur en agriculture comme fonctionnaire au ministère de la défense, pendant ce temps le pays a besoin de consolider des efforts en agriculture pour espérer atteindre l'autosuffisance alimentaire, nous pouvons multiplier des exemples de ce genre, qui sont exhaustifs et criards.
Cette politique sociale marxiste-léniniste au Congo-Brazzaville, aura des résultantes avec des conséquences bien précises, et qui expliquent, en partie, l'enfermement du pays en sous développement :
Dans la fonction publique : Les nouvelles recrues dans la fonction publique manqueront de motivation, sur le plan de travail, car nombreux occupent les fonctions pour leurs origines ethniques et tribales, que pour leurs compétences. Cependant, l'institution administrative congolaise se trouve confrontée à une cohabitation entre les paysans venus du nord au moyen d'un exode rural organisé par le système des régimes marxistes-léninistes et les nouveaux diplômés enrôlés sans réelle compétence adaptée au type d'emploi occupé.
Dans l'armée nationale : On peut constater l'inexistence d'une armée vraiment nationale, elle est au fond, divisée ethniquement, ainsi, lors du coup d'état de Sassou N'Guesso contre le Président Pascal Lissouba [ 3 ] élu démocratiquement, la grande majorité des militaires originaires du nord ont faillit, délibérément, à leur éthique militaire et à leurs devoirs patriotiques, en participant au coup d'état, à côté de leur frère de même tribu, le Dictateur président Sassou N'Guesso. Il est certain que l'armée congolaise n'existe pas, la promotion sociale dans cette institution se fait par faciès, ainsi, les militaires sudistes seront plus défavorisés que leurs confrères d'armes du nord. Par conséquent, depuis le Président Pascal Lissouba, jusqu'à l'actuel Président, Sassou N'Guesso, on fait, principalement confiance aux miliciens qu'à l'armée. Ces milices étant pour la plus part du temps, composées des volontaires de tribus du Président et des militaires proches des tribus du Président.
Dans les entreprises parapubliques ou paraétatiques : Pour ces entreprises, le problème se situe non seulement dans la gestion des régimes marxistes-léninistes successifs, mais aussi dans la gestion des ressources humaines. Qu'est ce qui s'est passé réellement : Pour l'état marxiste-léniniste et son corolaire le Parti Congolais du Travail (PCT), un slogan comptait pour eux, le parti dirige l'état, et par effet de ricoché, tous les directeurs des entreprises paraétatiques étaient des membres du parti, Cette grande fonction n'était pas attribuée en fonction des compétences, mais en fonction de l'appartenance et de la fidélité au parti marxiste-léniniste au pouvoir, le Parti Congolais du Travail (PCT), Ainsi, le Colonel Yombi Opango sera nommé Directeur d'une entreprise des travaux publics (la RNPT), les unités de production dans la région de Bouenza vont être ainsi, dirigée par d'autres militaires et membre du parti. Enfin, toutes les entreprises paraétatiques, vont être obligés par le régime marxiste-léniniste d'accueillir en leur sein, les nouveaux diplômés des pays de l'est, à titre de rappel, la plus part, étaient incompétents.
Comme tout système monopartisme, le système du régime marxiste-léniniste du Parti Congolais du Travail (PCT) était devenu une nomenklatura, dans laquelle régnait que la corruption, la tribu, le favoritisme. L'influence de ce système dans la fonction publique, dans l'armée et dans les entreprises paraétatiques, ont contribué au pourrissement des mœurs, la fonction publique devient déliquescente, tandis que les entreprises paraétatiques deviennent des structures en faillite et impuissantes.
2) GESTION HASARDEUSE DANS LES ENTREPRISES ETATIQUES:
Au lendemain de la chute du Président Alfonse Massamba-débat, le pays va hérité des entreprises nationales, qui devrait contribuer à booster notre économie et à garantir notre indépendance nationale :
• Cinq entreprises nationales, n'ayant aucune concurrence : Agence Transcongolaise de Communication (ATC), la Société Nationale d'Electricité (SNE), l'Office Nationale des Postes et des Télécommunications (ONPT), la Société Nationale de Distribution d'Eau (SNDE), la Ligne Nationale Aérienne Congolaise (LINA-CONGO).
• Quelques entreprises à capitaux d'état, qui étaient le fleuron d'une petite et moyenne industrie : l'Office Nationale de Commerce (OFNACOM), la Société des textiles du Congo (SOTEXCO), la Cimenterie Domaniale de Loutété (CIDOLOU) etc.....
Les petites et moyennes entreprises ont quasi fermé les portes, ceux qui avaient été choisis de gérer ces entreprises n'ont, jamais, rendu compte à la nation pour expliquer les faillites. Ces petites et moyennes entreprises, avaient pratiquement le monopole dans leurs domaines respectifs, face à une faible concurrence intérieure, Toute la production produite sera mise dans le marché, c'est pratiquement, un fonctionnement à zéro stock, à l'exception de la SOTEXCO qui va faire face à une consommation intérieure faible, face à la concurrence du wax hollandais, importé pratiquement du Bénin.
L'état marxiste-léniniste effectue des prélèvements dans ces entreprises et n'hésitent pas non plus de les financer par subvention, alors que la faible taille de ses entreprises, qui ne demandent qu'à grandir, ne méritaient pas ce genre de traitement. On voit très bien qu'il n'y avait aucune ambition à long terme pour ces entreprises, par exemple, faire évoluer ces entreprises, à partir des politiques publiques appropriées vers des entreprises avec une dimension continentale, plusieurs pays africains l'ont réussit.
En ce qui concerne les quatre grandes entreprises publiques, elles ont failli aux missions premières, celle de rendre le service public, dans les grandes agglomérations et celle de contribuer au développement du pays, ces entreprises n'ont même pas penser d'investir sur le long terme, et même le PCT qui dirige l'état, n'a pas orienté ces entreprises nationales vers le long terme. Le service public est un service qui renforce le bien être des populations et allègent leurs souffrances. Pour ce faire, les sociétés nationales de production, de distribution et de fourniture comme la SNE, la SNDE, l'ONPT devrait étendre leurs réseaux, dans tous les quartiers habités des agglomérations congolaises, car dans ces quartiers, vivent aussi des consommateurs potentiels, des écoles et des dispensaires.
Quand au Chemin de Fer Congo Océan (CFCO), ce service public est aussi défaillant, les congolais continuent de voyager entassé et avec de risques importants, la lenteur des transports est telle qu'il faut en moyenne trois jours pour relier les 510 km d'un bout à l'autre de ce tronçon. Il est vrai que les guerres civiles à répétition ont causé des conséquences immédiates à cette entreprise, mais elles ne sauraient expliquer, à elles seules, l'état de dégradation de cette entreprise, en effet, cette entreprise présentait déjà d'énormes difficultés financières. Cette entreprise à son époque florissante, avec la location des ses voies ferrées par la société gabonaise, la Compagnie Minière de l'Ogooué (COMILOG), avec le transport du bois de la Sangha et d'autres produits de la Centrafrique et du Tchad, rien, en apparence, prédisposait le Chemin de Fer Congo Océan (CFCO) à une faillite.
Le Chemin de Fer Congo Océan (CFCO) étaient régulièrement prélevé par l'état marxiste, sous des prétextes de paiement des fonctionnaires, cette entreprise n'aura pas suffisamment de moyens financiers d'investir sur le long terme, par exemple, il était envisageable de renouveler le tronçon entre Dolisie et Brazzaville, car dans plusieurs endroits la voie ferrée est au niveau du sol et les cailloux de maintien des traverses, disparaissent, progressivement, en s'enfouissant dans le sol. Le Chemin de Fer Congo Océan (CFCO), ne pouvant pas satisfaire sa mission de service public au peuple congolais, ce dernier se replie vers les alternatives plus chères comme l'avion.
Le moyen de transport aérien nous conduit à bord de la société aérienne Ligne Nationale Aérienne Congolaise (LINA-CONGO), cette entreprise avait le monopôle de tout le transport aérien national, aussi, elle sera la première à remplir la mission du régime marxiste-léniniste à savoir : « Yaka noki-noki », ce qui revient de dire : « venez de toute urgence sur Brazzaville et le paiement de vos billets d'avion seront effectués plus tard. » Cette entreprise au côté de transport fluvial dans Brazzaville, va faire déplacé des populations entières du nord du Congo pour la capitale, où ils seront intégré dans l'armée, dans la fonction publique et dans les entreprises paraétatiques, tout ceci au détriment des populations du sud, comme si le tribalisme était institutionnalisé ou conspiré par le pouvoir marxiste-léniniste.
L'entreprise aérienne va faire face à des difficultés financières importantes, jusqu'à ne pus être capable de renouveler son parc de pièces détachées et de matériel d'entretien, les dettes se cumulent à l'étranger, et n'aura pas le temps d'ambition africaine à côté de Air Afrique ou le Congo était partenaire avec d'autres pays africains francophones.
Il faut, cependant comprendre que toutes ces entreprises nationales et publiques congolaises, disposait à l'intérieur de problème d'ordre structurel, en effet, elles avaient embauché à tout va des jeunes diplômés mal formés dans les pays du pacte de Varsovie, pour des raisons politiques liés au marxisme-léninisme et pour des raisons ethniques pour d'autres. Depuis ces entreprises affichaient une décroissance exponentielle sur tous les plans : financier, service, organisation, gestion.
Or, un ingénieur est formé pour trouver des solutions techniques, devant une situation très difficile, il doit, pour cela prendre des informations fiables, s'il ne peut se rendre sur place, sur le terrain, avant de proposer ou de divulguer, par contre, dans ces entreprises, le plus écœurant, c'est l'ensemble des annonces hasardeuses et contradictoires devant une situation plutôt simple, ceci justifie, l'état de déliquescence et des incompétences dans les entreprises nationales. Une entreprise a une notoriété à défendre, elle doit être réactive et elle a le devoir d'information sûre envers ses usagers, c'est le minimum de correction. Malheureusement, Les entreprises publiques congolaises, en plus de service public mal rempli sont encore loin de cette déontologie.
Actuellement, toutes ces entreprises d'état ont changé de dénomination sociale, après leurs privatisations, la famille du Dictateur Président Sassou N'Guesso, ayant acheté la plus part des parts, les agglomérations congolaises continuent de manquer de l'électricité, de l'eau, du téléphone (la Ville de Pointe-Noire est en rupture de téléphone, depuis plusieurs mois) et la qualité de voyage dans le chemin de fer reste encore à désirer.
3) CONCLUSION :
La politique sociale des marxiste-léninistes congolais avec son cortège d'exode rural organisé, aura des conséquences dans la vie de la cité, l'actuel Dictateur Président Sassou N'Guesso est l'héritier de cette politique, selon lui : « il est fidèle continuateur de l'œuvre marxiste-léniniste de Marien N'Gouabi ». Depuis l'avènement de la démocratie, ce militaire marxiste porte la veste de démocrate, mais n'a pas abandonné ses attitudes de gangstérisme politique, de corruption, de fraude, de l'impunité. Il a une grande part de responsabilité dans la faillite des entreprises nationales.
Pour permettre au Congo de retrouver la confiance de sa diaspora vivant à l'étranger et intégrer le chemin des pays respectables, il faut, impérativement, un changement à la tête de l'état et une réorientation du Congo vers une démocratie digne de pays civilisé, où l'honnêteté politique prendra le dessus sur les fraudes électorales, sur l'opacité politique et économique.
Appolinaire Noël KOULAMA
Source : Infopagecongo.oldiblog.com
Note :
[1] (le troisième Chef d'état depuis l'indépendance, le Président Marien N'Gouabi est arrivé au pouvoir en 1968, il est le premier Président marxiste-léniniste au Congo, c'est avec lui que l'économie congolaise commençait à décroître, il sera assassiné au moyen d'un coup d'état, avec la bénédiction de ses frères d'armes et de même tribu que lui : Yombi Opango et Sassou N'Guesso après lui avoir reproché son rapprochement politique, avec l'ancien Président du Congo, Monsieur Alfonse Massamba-Débat qui est d'ethnie du sud).
[2] (le cinquième Chef d'état depuis l'indépendance, le Dictateur Président Sassou N'Guesso prend le pouvoir, après avoir évincé pacifiquement son frère d'arme et de tribu, le colonel Yombi Opango, battu aux élections en 1992 par le Président Pascal Lissouba, il revient aux affaires en Août 1997 jusqu'aujourd'hui, par un coup d'état, ayant occasionné une guerre civile ethnique).
[3] (le sixième Chef d'état depuis l'indépendance, le Président Pascal Lissouba est arrivé au pouvoir par le biais des élections libres et transparentes en 2002, il sera renversé en Août 2007 par le Président Sassou N'Guesso, au moyen d'un coup d'état, ayant occasionné une guerre civile ethnique).