PEOPLEObsèques : Vibrant hommage à Rapha Boundzéki2008-05-26 12:29:39 par Kimpwanza Fauché par une crise cardiaque, à 46 ans, l’artiste musicien, Rapha Boundzeki, ‘’le mérité des mérités’’ décédé le samedi 10 mai 2008 au Centre hospitalier universitaire de Brazzaville (CHU) a été enterré au cimetière du centre-ville avec tous les honneurs de la République.
Beaucoup de bruits, beaucoup de mots, beaucoup de discours, beaucoup de couronnes de fleurs au centre culturel Sony Labu Tansi où le corps de Rapha était exposé.
Des notes musicales de Rapha « Parisien refoulé, le départ pour l'école, Matéya, Ma Bouesso, etc. » viennent troubler le silence, pesant comme un couvercle, qui enveloppe la famille accablée notamment Jaquito wa Mpungu, son épouse et les autres qui pleurent à chaudes larmes. Heureusement, ils ne sont pas seuls pour affronter ce moment insoutenable. Il y a les hommes politiques notamment le président du Sénat, Obami Itou, le Premier Ministre, Isidore Mvouba, le président de la Cour Constitutionnelle, Gérard Bitsindou, le ministre de la Communication, représentant le ministre de la Cultures et des Arts, président d'honneur des Sapeurs congolais, Alain Akouala Atipault, le ministre Adélaïde Moundélo Ngollo, Bernard Kolélas et son staff, les généraux Norbert Dabira et Jean François Ndénguet.
Il y a aussi les écrivains, les musiciens, les peintres, les sculpteurs, les philosophes, les sociologues, les représentants de la RDC et surtout les ‘'Sapeurs'' - les amoureux de la SAPE (Société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes) - qui ne pleurent pas parce qu'ils refusent d'accepter la mort d'un sapeur, le patron de ‘'Dabramazo'', Aphara, le mérité des mérités comme il aimait se le dire.
Les Sapeurs, eux, friment, paradent, se flânent, défilent. C'est le m'as-tu vu. Le spectacle est attirant. Il faut le souligner ! Les populations venus de tous les coins de Brazzaville, à Poto-Poto, Ouénzé, Talangaï, Mikalou, Mfilou, Madibou, Mafouta, etc., écument les lieux pour contempler les Sapeurs de toutes les générations. La douleur s'entremêle avec le plaisir.
Et pour le président de l'association des Sapeurs du Congo (ASSACO), il est très difficile et émouvant, dans ce bouillonnement de prendre la parole « où le ciel accablant s'est assombri brutalement sur notre pays le Congo ; faisant place à la tristesse et à l'angoisse en arrachant à la vie notre bien-aimé artiste sapeur le très populaire Rapha Boundzéki. Oui, il a plu à Dieu de rappeler à ses côtés l'artiste musicien sapeur que nous pleurons tous aujourd'hui. Mon cher Rapha, tout le Congo te pleure car tu as été pendant plusieurs décennies le représentant modèle et infatigable de la musique congolaise du terroir kongo. Nous gardons donc des grands souvenirs qui feront de toi un grand immortel de la musique congolaise à travers tes œuvres musicales. »
Aujourd'hui, tous les sapeurs congolais ainsi que ceux de la diaspora se sont mobilisés pour te rendre un dernier hommage digne de ce nom. »
Destin Freddy , à son nom personnel et à ceux des membres de l'ASSACO va déposer une couronne de fleurs et murmure : « Paix à ton âme ! »
Le président d'honneur des Sapeurs congolais, le ministre Alain Akoualat, interviewé à chaud, dans la cour même du Centre Sony Labu Tansi déclare : « la disparition de Rapha Boundzéki est une grosse perte sur le plan culturel, artistique et même national. C'est une disparition malheureusement prématurée, mais on retiendra toute son œuvre, et le fait qu'il a été justement à l'intersection de la musique et de la mode. »
Zacharie Babassoué, grand animateur culturel de la télévision de la RDC, marque sa solidarité et sa sympathie « à un leader de la jeunesse et un vrai Monsieur qui a réussi à capitaliser les efforts et les aspirations de la population. »
Dans son évocation antérieure, le ministre de la Culture, Jean Claude Gakosso rappelle que Rapha est une anthologie musicale congolaise. « C'était un artiste de bonne inspiration qui a puisé dans l'anthropologie culturelle Kongo. Il a célébré les dandys que nous appelons sapeurs. Il a un public très large. Il était connu de tous les Congolais et au-delà de notre pays. Donc, c'est une perte énorme. »
Déchirant destin
Depuis belle lurette, Rapha ne voulait plus chanter, car disait-il, « Ce boulot ne me produit pas grand-chose. Je suis souvent escroqué par des producteurs et des pirates de musique véreux. Le Bureau congolais des droits d'auteurs (BCDA) ne me paye pas mes droits. Mes conditions de vie sont totalement dégradées. Personne ne me vient en aide. Ma maison située dans la zone aéroportuaire de Pointe-Noire a été expropriée, elle a été cassée en 2005. Je n'ai pas encore touché aucun sou. Je ne suis pas loin d'un mendiant. Voyez-vous ! Je continue à m'enfoncer. J'ai pris le soin de lancer un SOS au journal La Semaine Africaine, qui l'a bien publié. Hélas, Peine perdue ! »
Et Médard Milandou, parlant au nom du comité d'organisation des obsèques de se poser tant d'interrogations : « Dans pareilles circonstances, on se pose toujours les questions suivantes : Que s'est-il passé ? Qu'avait-il ? Depuis quand cela est-il arrivé ? Et viennent les interrogations apparemment absurdes sur ce qu'on aurait dû faire, où qu'il ne fallait pas faire. Nous ne parlons pas de spéculations qui trouve en pareils moments un terrain favorable pour les commérages, les soupçons, les accusations, les propos fallacieux »
Au-delà de tout cela, il a souligné une constance et une réalité : le pouvoir de la mort sur l'homme. « Quel que soit son rang dans la société, quel que soit le degré d'affection dont il jouissait au milieu des siens, la mort nous prend toujours au dépourvu et se fiche de l'affection de la famille, des enfants, des parents et des amis. »
Et d'ajouter : « Dès l'annonce du décès de Rapha, le président de la République, Denis Sassou-Nguesso, depuis Maputo a adressé un message de condoléances à la famille »
Il cite « Pour tous les Congolais, Rapha restera avant tout, celui qui a œuvré avec brio pour donner à la musique congolaise une véritable touche d'originalité qui faisait de lui un artiste exceptionnel. Sa disparition brutale laisse un grand vide dans nos cœurs mais nous nous souviendrons de lui avec tendresse encore très longtemps. »
Déchirante atmosphère
L'atmosphère est lourde, comme le constate le représentant des artistes, Freddy Kébano. « L'atmosphère est lourde, silencieuse et quoique lumineuse, elle est vraiment sombre. Une étoile vient de franchir la sublimité selon la loi divine qui veut que la mort et la vie cohabitent et qu'elles nous rappellent le rôle de notre présence dans cet univers infini. »
Le premier ingénieur de son de Rapha Boundzéki en ces instants sublimes déplore la cupidité, l'égoïsme, l'injustice des hommes, des femmes que Rapha a côtoyés durant toutes ces années où pierre par pierre il a bâtit sa maison, sa famille au prix de mille difficultés. « Puisse la solidarité entre artistes, mélomanes ne pas s'arrêter à cette cérémonie d'au revoir. Puisse-t-elle s'affermir davantage afin de pousser les autorités à plus de compréhension et de respect et à pousser les mélomanes à consommer nos valeurs qu'on compare toujours à tord avec d'autres valeurs comme si comparer des civilisations étaient raisons »
Evidemment, le monde culturel sait subitement souvenu du mot fraternité.
Pour le directeur général de la Culture et des arts, Luc Aka Lévy, l'artiste musicien Rapha « a su redonner à la rumba brazzavilloise son cadre typique d'antan, son originalité inclassable. Il était un étonnant artiste. »
Kimpwanza présente ses condoléances les plus attristées à la famille éplorée, notamment à son épouse Jaquito wa Pungu - réconciliée avec Rapha en août 2007 - et à ses deux enfants.
CHRIS MBEMBE
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