revenu d'un séjour en France, le chanteur avait installé ses pénates à Pointe-Noire, la ville océane d'où il essayait de relancer sa carrière et améliorer tout simplement... son quotidien. Victime d'expropriation de sa maison située dans la zone aéroportuaire de Pointe-Noire, Rapha est monté à Brazzaville pour réclamer ses droits au Bureau congolais des droits d'auteurs (BCDA). Face à une fin de non-recevoir implacable, Rapha piqua une crise d'hypertension puis, dans la foulée, une crise cardiaque qui le terrassa.
Cynisme, hypocrisie ou opération de marketing politique en direction des mélomanes ? Les autorités congolaises lui ont offert des obsèques nationales et une profusion des déclarations faites un peu en contretemps : Jean-Luc Evy , directeur général de la culture et des arts : « C'est une grosse perte la mort de Rapha car il avait encore beaucoup à nous dire, à nous donner, à nous faire plaisir à l'oreille et dans nos cœurs. Il nous déstabilisait agréablement par sa musique ; il nous destituait de notre être par sa façon de dire les choses, de s'habiller, de chanter ou de danser. Personne ne dansait ou ne chantait comme lui ». L'hommage le plus spontané et sincère aura été certainement celui de ses pairs qui ont composé une chanson en sa mémoire tandis que Papa Wemba, l'idole de Rapha, a suspendu toutes ses activités pour honorer son jeune frère et collègue en prêtant sa voix et en assistant aux obsèques.
Pour rappel, Bernard Boundzeki alias Rapha est né à Brazzaville, le 4 août 1961. Ses débuts en musique remontent dans les années 80 au sein des groupes brazzavillois et ponténégrins comme Veritas Musica, Ata Lokolé, Chaka Rail, Viva la Sembadia, Bawadze Melodia... Mais, c'est l'orchestre Véritable Mondolina qui va le révéler au grand public grâce à sa chanson « Christianisé », sorti en 1987. Dans cette œuvre, il invitait les gens à recevoir le christ dans leur vie. Il enchaîna en 1988 avec « Parisien refoulé » joué avec le même orchestre. Cette dernière chanson relatait sa propre aventure après son expulsion en France avec ce conseil au bout : « Ayez des assises dans vos pays d'origine car l'Europe n'est pas une panacée, tôt ou tard vous regagnerez vos pays. Si quelqu'un n'a pas assuré ses arrières, il risquera de se retrouver, à son retour au pays, sans point de chute ».
Après la disparition de Véritable Mandolina, Rapha se lança dans la carrière solo avec la sortie de l'album « Résultat du dimanche », sorti en 1989 : un grand succès grâce notamment à l'apport des chanteurs talentueux de Kinshasa tels que Debaba El Shabab, le Général Defao Matumona et Carlito Lassa. Soutenu par son épouse, Jacquito wa Mpoungou, Rapha va aligner des albums à succès comme « Mateya », « L'origine de la sape », « Parisien retenu ». Succès logique pour son ami d'enfance, Vital Bakana, qui souligne que Rapha avait su allier la musique traditionnelle à la musique moderne, et s'inspirait beaucoup des anciens comme Franco, Grand Kallé, Tabu Ley.
Autre clé de son succès, Rapha puisait son inspiration dans la vie de tous les jours dans un style qui lui était propre car il n'imitait personne, ne chantait comme personne et ne dansait comme personne ne se fiant qu'à ses propres inspirations. Les guerres civiles ont donné un coup d'arrêt à cette fulgurante ascension.
La star a, ensuite, fait son comeback avec des albums « Régime sans sel », « La sapologie », « La misère du chauffeur », « La sapologie 2 ». Malheureusement, ces opus n'ont pas accroché comme les précédents. À la sortie de son dernier album, il a livré quelques concerts en France, avec son producteur habituel, Max Toundé, mais les faibles retombées financières semblaient annoncer le crépuscule définitif de sa carrière. Son tout dernier opus intitulé « La sapologie 3 », en chantier, sortira très prochainement comme un dernier salut... posthume.| Herman Bangi Bayo (AEM), Brazzaville, Congo
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