POLITIQUEInterview / Paix, réconciliation et reconstruction : Victor Tamba-Tamba enfin parle2008-06-25 18:58:24 par Kimpwanza Troisième personnalité de l’UPADS, au regard des travaux du Congrès de décembre 1995, Victor Tamba-Tamba qui a rejoint le Congo à la faveur de la grâce présidentielle, est élu député dans la circonscription unique de Kingoué, dans le département de la Bouenza, lors des législatives de 2007. Siégeant à l'Assemblée nationale de la douzième législature en qualité de député national, il précise dans cette interview, les raisons ayant motivé son retour au bercail et sa rencontre avec le président de la République, Denis Sassou-NGuesso.
Kimpwanza : Pourquoi étiez-vous parti en exil en France ?
Victor Tamba-Tamba : Je suis allé en exil à la suite des changements survenus dans notre pays en 1997. Depuis, le pays est rentré dans une zone de turbulence exacerbée, celle-ci a produit deuils et dévastation du patrimoine national sur tous les plans : humanitaire ; culturel ; étique ; moral ; social ; économique et politique. La démocratie naissante s'en est trouvée ébranlée et ajournée.
Kimpwanza : Et la conscience politique ?
Victor Tamba-Tamba : La conscience politique quant à elle, a connu une chute libre. Celle-ci a engendré des monstres froids ainsi que des comportements à tous égards, contraires à l'éthique de la raison. Il s'en est suivi l'impasse des valeurs qui nous font respecter notre engagement citoyen et la perte du sens profond qu'elles devraient donner à notre vision, pour peu qu'elle en existât une. Depuis, chacun de nous n'est ni seul aux commandes, ni maître de son vaisseau que les valeurs assumées auraient pu toujours maintenir dans la bonne direction, ceci qu'elles qu'en soient les circonstances.
Le pays tout entier a perdu le nord et l'usage de la boussole, le GPS même, en la circonstance n'y pouvait rien, rendant chacun de nous incapable de s'appuyer sur des valeurs communément admises comme autant de balises et des limites objectives à ne pas dépasser sur sa carte de navigation.
Kimpwanza : Vous avez ainsi perdu collectivement les acquis de la moralité supérieure, laquelle dans les moments de fort tangage, vous aurait servi de refuge et de repère.
Victor Tamba-Tamba : En effet, lorsque les vents ne sont pas favorables et qu'il devient difficile de s'engager, il vaut mieux prendre du recul. C'est ce que j'ai fait.
Kimpwanza : Votre retour au Congo après 10 ans d'exil rentre-t-il dans une certaine logique ?
Victor Tamba-Tamba : Mon retour au pays rentre dans cette logique que je considère comme une exigence de tous les temps et comme un compromis historique à saisir. Elle seule peut nous faire renter dans les boulevards fleuris de l'amour et nous sortir des orages secrets de la haine. Puisse mon retour au pays, après dix ans d'exil, y contribuer avantageusement et substantiellement.
Kimpwanza : Vous avez été reçu officiellement par le Président de la République, Denis Sassou-N'Guesso, en sa résidence privée de M'Pila. Qu'est-ce que vous vous êtes dit à cette occasion ? Et, dans quel climat s'est déroulée cette rencontre ?
Victor Tamba-Tamba : La rencontre pour le moins que j'en dise, a été très amicale, convivialement cordiale, davantage fraternelle.
Nous en avons profité pour passer en revue l'ensemble des questionnements qui forment la problématique du retour à la normale de l'activité citoyenne et de la vie politique dans notre cher beau pays. L'allusion à une paix durable et à l'apaisement social et à l'apaisement a constitué la toile de fond de notre entretien et donné lieu à un échange authentiquement citoyen.
Kimpwanza : Des voix se sont élevées ?
Victor Tamba-Tamba : Malheureusement des voix rares se sont élevées, éparses, comme pour y trouver matière à trahison.
Je saisis la présente occasion pour manifester ma désolation. J'y vois par ailleurs un manque de maturité notoire chez des brailleurs impénitents, ces justiciers des causes perdues, la marque d'une intolérance et d'un infantilisme que seuls justifient la peur morbide de l'autre et la crainte de soi de voir les solutions à la problématique de la crise congolaise se révéler à la nation sans leur concours direct et actif.
Je hais toute tendance à l'imposture. Je déteste la politique mensonge et tous ceux qui s'y réfugient. L'archaïsme, les égocentrismes surannés et les égoïsmes rétrogrades constituent la base organique, au demeurant spéculative, d'une cause apparemment citoyenne, objectivement mal contenue, piteusement assumée, réellement et potentiellement incivique.
Qu'il soit présent à l'esprit de ces prédateurs qu'il est plus facile, dit la Bible, « à chacun un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'il ne l'est à des croyances pécheresses, d'entrer dans le royaume des cieux, l'harmonie éternelle » Fin de citation.
Il n'y a qu'un chemin qui unit le citoyen à son pays, celui-ci consiste à ne connaître aucune réalité, à n'avoir aucune conscience de vie que le bon exercice de la citoyenneté. Celle-ci puise ses ressources dans la pratique du bien et de la vérité, l'amour du pays à travers l'amour de l'autre, la capacité de se lever au-dessus des vicissitudes de la vie, des échecs circonstanciels et des considérations personnelles, à dissoudre avec le dissolvant avéré de l'amour, le moi haïssable qui fait la guerre à la probité et justifie toutes les dérives décadentes.
Je m'insurge contre l'ignorance des sachants et la vanité des escrocs, l'optimisme insensé et l'assurance injustifiée et anesthésiante des égarés.
Kimpwanza : Victor Tamba-Tamba, nous vous remercions.
Propos recueillis par CHRIS MBEMBE & BAJEVIK RAMANASWA
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