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Congo : Des pêcheurs dans les filets de la vente directe

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Aller vendre eux-mêmes leurs poissons à la capitale. C'est le défi que tentent de relever des pêcheurs congolais de Mossaka, à 500 km de Brazzaville, pour ne plus brader leurs produits. Mais le voyage est périlleux et les risques de dépenser tout leur argent en ville sont si grands. Et on ne se s'improvise pas commerçant.

 

Comme tous les jeudis, le port de Mossaka, à plus de 500 km au nord-est de Brazzaville, vit au rythme incessant du ballet des pirogues bourrées de bananes, de légumes, de poissons, etc. qui arrivent des villages environnants et surtout de la province de l'Équateur (RD Congo), de l'autre coté du fleuve Congo. Des jeunes désargentés déchargent ces pirogues et convergent vers le marché grouillant tout proche de ce port vétuste et crasseux.


À quelques mètres de là, debout dans une pirogue sur le fleuve, trois mamans vendeuses, venues de Brazzaville, propres et parées de bijoux, ont visiblement du mal à négocier avec les pêcheurs. Ceux-ci refusent de vendre leurs "mallettes" (emballage en lianes) de poissons fumés. Les prix, trop bas, qu'elles leur imposent ne les satisfont pas. Tout en poussant une brouette remplie de gros morceaux de chair de crocodile, une espèce pourtant protégée au Congo, Georgette, pêcheuse et vendeuse, explique que les poissons, "plus rares en grande saison des pluies (qui commence, Ndlr) deviennent un produit de luxe" surtout à Brazzaville. Depuis un an, elle a donc décidé comme d'autres pêcheurs de faire la navette entre Mossaka et la capitale pour vendre elle-même ses poissons plutôt que de les confier à des acheteurs venus de la capitale.

Poissons bradés
Depuis quelques années, en effet, la pauvreté et le chômage croissants ont poussé beaucoup de Congolais, surtout des jeunes, à se lancer dans le commerce. Mossaka et les villages alentour ont vu débarquer des petits acheteurs, intéressés en particulier par les poissons fumés, qui se conservent longtemps. Ils les achètent à vil prix pour les revendre à prix d'or à Brazzaville. Ce phénomène a pris de l'ampleur avec la fermeture, dans les années 90, de l'Office national de la pêche du Congo (Onapec) qui fumait les poissons que l'on revendait dans les centres urbains du pays. Mais, selon la plupart des pêcheurs de Mossaka, cette sorte d'"escroquerie" ne peut plus durer. "Nous leur vendons, par exemple, une mallette de 10 à 20 kilos à 5 000 ou 10 000 Fcfa seulement. Ils débattent toujours pour acheter moins cher. Arrivés à Brazzaville, ils la revendent à 50 000 Fcfa", s'indigne Moïse, un des pêcheurs vendeurs. "Ils ne tiennent pas compte de l'énergie physique dépensée pour pêcher souvent nuitamment", rouspète-t-il, tout en guettant un moyen de transport pour la capitale.


Se rendre à Brazzaville n'est toutefois pas si facile. Il faut emprunter de grandes barges métalliques, poussées par file de deux ou trois par un bateau, ce qui ralentit la navigation. Ces attelages ressemblent à des quartiers populaires flottants où les passagers installent des abris de fortune. Il ne faut pas moins d'une semaine pour atteindre Brazza. D'autres font le voyage en deux jours en pirogue, en passant par Oyo, le village du chef de l'État congolais, avec tous les risques que cela comporte, puis continuent par le bus. "Quand on prend la pirogue, explique une dame de Mossaka, habituée à faire ce trajet, il faut beaucoup prier Dieu, parce que si elle chavire, tu perds tout et toi-même tu pars. Il arrive aussi qu'une vague emporte une partie de ta cargaison."

Les tentations de la ville
Au port fluvial de Mpila, à Brazzaville, transformé en un véritable marché lorsque les bateaux arrivent du Nord, la vie des pêcheurs venus vendre leurs poissons n'est pas rose. Alors qu'ils espèrent faire fortune avec leur marchandise, ils ne savent à qui se fier, faute d'organisation et d'un réseau de clients. Finalement, ils retombent entre les mains des mamans vendeuses brazzavilloises qui écoulent les poissons à leur place, en leur proposant des prix trop peu alléchants à leur goût. "Ces femmes que nous esquivons à Mossaka nous attendent ici. Dès que le bateau accoste, elles viennent s'emparer des mallettes de poissons et elles débattent les prix que vous leur proposez. Et elles ne te donnent pas l'argent aussitôt parce qu'elles n'en ont pas sur elles. Alors, elles vont revendre, plus cher, auprès de leurs clients et quand elles reviennent, c'est pour te donner juste la somme que vous aviez négociée au départ. Elle prend le reste d'argent", raconte, frustrée, Henriette.


Beaucoup souhaiteraient pouvoir vendre eux-mêmes au détail dans les marchés de la capitale "mais là-bas, explique une femme de Loukolela, une localité proche de Mossaka, il faut négocier les étals, payer les taxes et les dépôts pour garder les marchandises qui peuvent traîner". Certains essaient de rentabiliser le voyage en achetant des allumettes, du sel ou de la friperie, des produits précieux dans les campagnes, pour les revendre au retour.
L'attente d'un bateau pour rentrer chez eux et de l'argent des revendeurs peut durer une à deux semaines, pendant lesquelles ils logent entassés sur les bateaux du port. Pendant ce temps, la recette s'effrite : il faut manger, se déplacer, se soigner et les tentations de la ville sont grandes. "Même quand j'ai réalisé de bonnes ventes, 400 à 600 000 Fcfa (260 à 393 _), l'argent se volatilise avec des dépenses imprévues. À la fin, je repars avec très peu d'argent au village", confie un villageois. Ceux qui ont parents à Brazzaville les évitent de peur de dépenser davantage.
Déçus, la plupart des pêcheurs découvrent les risques de la vente directe sans organisation et que le commerce est aussi un métier comme la pêche.  


Par Mamadou Bineta
Le 25-11-2008

 

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