La substitution aux importations a déjà montré ses limites
La volonté de développer une industrie nationale ne date pas d’aujourd’hui. Déjà entre 2000 et 2005, les mêmes mesures qu’aujourd’hui ont été prises par le gouvernement algérien (obligation d’investissement de production locale pour les importateurs, interdiction d’importation pour les produits fabriqués localement, etc.). Pourtant, la facture d’importation du médicament n’a cessé d’augmenter.
L’obligation faite aux importateurs d’investir dans le pays au bout de deux ans ne fonctionnait que comme une simple barrière bureaucratique. Une fois le délai fixé arrivé à expiration, certaines firmes ferment et renaissent sous un autre nom, ce qui prouve l’inefficacité de cette injonction administrative. Au niveau des officines, des médicaments génériques sont plus chers que le princeps car ils sont rares du fait des dispositions fiscales et réglementaires défavorisant leur importation et leur fabrication. Quant au niveau de la production pharmaceutique locale (33% du marché), il est resté insuffisant et de faible valeur technologique. De plus, le marché a été sujet régulièrement à de graves pénuries, souvent organisées par des lobbies qui provoquent des ruptures de stocks.
L’inefficacité de telles mesures a incité le gouvernement algérien à faire marche arrière en 2005 en levant l’obligation de la production locale et en autorisant de nouveau l’importation de médicaments produits localement. Ainsi, l’échec passé de cette politique de substitutions aux importations aurait dû interpeller le gouvernement algérien aujourd’hui.
Mauvais diagnostic, mauvais remède
Le gouvernement algérien a justifié sa décision par l’explosion des importations et par le déclin de la production locale. Si la facture des importations de médicaments est montée en flèche, c’est parce que la plupart des importations proviennent de la zone euro et parce qu’aussi bien les molécules innovantes, les médicaments princeps ainsi que les génériques ont été cédés par les laboratoires étrangers aux producteurs locaux à des prix excessifs. La cherté de ces molécules reflète le manque de concurrence sur le marché des importations car seuls certains laboratoires ayant des entrées auprès des politiques monopolisent l’offre des molécules. Aussi plusieurs producteurs locaux ont mis la clé sous le paillasson, non en raison de l’importation en soi, mais à cause de cette connivence entre les politiques et le lobby des importateurs qui bénéficient du favoritisme réglementaire et fiscal de l’Etat. A titre d’exemple, pour un opérateur potentiel, le choix entre produire et importer est biaisé car en tant qu’importateur de médicaments il paiera 5 % de taxe sur le produit fini, mais en tant que producteur, il paiera un prélèvement de 35 % sur les matières premières en provenance de l'étranger. Il est clair qu’il sera plus incité à importer le produit fini qu’à investir dans la production.
Plusieurs opérateurs algériens dénoncent le manque de concurrence au niveau des importateurs qui bénéficient de licences d’exclusivité, ce qui se traduit par la rétention de stocks et des pénuries organisées. La lenteur et la longueur des procédures d’enregistrement et d’approbation des programmes d’importation déstabilisent également l’approvisionnement du marché. Ainsi, le problème réside dans la bureaucratisation du processus d’importation et les inégalités fiscales responsables du clivage actuel entre production locale et importation. C’est la raison pour laquelle la solution ne réside pas dans l’interdiction des importations, mais dans la réforme de leurs procédures.
Si l’objectif de soutenir la production pharmaceutique nationale est légitime, il ne faut pas se tromper de moyens pour y parvenir. Les unités de production algériennes ne correspondent pas pour la plupart aux normes internationales et ne pourront pas, sans une mise à niveau, servir de base à une industrie locale moderne et performante. Par ailleurs, l’environnement général d’investissement dans l'industrie pharmaceutique demeure, comme dans les autres secteurs, contraignant. A ce titre, rappelons que l’Algérie est classée au 132ème rang sur 181 pays en ce qui concerne le climat des affaires (Doing Business 2009).
Ainsi, il est indispensable de sécuriser la protection intellectuelle (protection des données notamment), de faciliter l’acquisition de terrains, de réformer la fiscalité, d’inciter les banques à financer les projets, de renforcer la concurrence aussi bien dans la production que dans la distribution. Bref, la sortie du clivage traditionnel importation/production locale requiert une réforme institutionnelle globale qui ne peut être réduite à une injonction gouvernementale. Faute de quoi, les restrictions imposées aux importations de médicaments pénaliseront doublement les patients algériens en leur faisant subir des pénuries et en leur imposant des produits plus chers.
Hicham El Moussaoui est docteur en science économique et responsable des relations avec les médias pour le projet www.UnMondeLibre.org.
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org.
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