Kimpwanza - Sassou Nguesso cache t-il un agenda ?
La nouvelle de la tenue du dialogue de la classe politique congolaise a été annoncée par le premier ministre Isidore Mvouba lors de l’interpellation du gouvernement, le 10 novembre dernier, par l’Assemblée Nationale. Ce dialogue est une idée proposée par le Président Denis Sassou Nguesso.
C’est une bonne chose que le Président Denis Sassou Nguesso propose ce dialogue, mais la question est de savoir s’il tiendra parole, car la date de la tenue de celui-ci n’a pas été révélée alors que la présidentielle de 2009 arrive au galop.
Une autre question est de savoir de quoi vont parler ces hommes politiques à ce dialogue ? Il ne s’agira, certainement, pas des choses écrites bien avant sur un support papier que proposera le pouvoir de Brazzaville pour tirer la couverture de son côté, comme cela a toujours été le cas dans des grandes messes ou rencontres politiques organisées au Congo Brazzaville.
A notre entendement, il sera question de débattre des sujets de la bonne gouvernance, de la tenue des élections libres et transparentes et des rapports pouvoir-opposition.
Or, toutes ces questions, sans se le cacher, ressemblent à un couteau pointé sur le dos du pouvoir actuel qui, s’il n’y fait pas garde, pourrait le blesser.
En effet, pour avoir proposé ce dialogue, à moins que celui-ci soit un bluff, le Président Denis Sassou Nguesso revient là sur la piste de la conférence nationale souveraine. A l’époque, avant la tenue de cette grand’messe, le président dans un coussin d’orgueil se demandait si les gens avaient les capacités de prendre [son] ce fauteuil. Mais au finish, il fut battu à la présidentielle de 1992 lorsque les éminents conférenciers avaient mis en application les règles démocratiques d’une organisation des élections libres, crédibles et transparentes.
Aujourd’hui, le même schéma semble se dessiner à l’horizon. Car au dialogue que le président de la République vient de proposer seront débattues aussi des questions d’application réelle des règles démocratiques, notamment celles de la bonne gouvernance, de la révision du découpage électoral, de l’organisation du recensement administratif, de la mise en place d’une commission électorale indépendante qui depuis temps font l’ossature du cahier de charges des opposants congolais.
Or, l’acceptation, à ce dialogue, de toutes ces règles ne mettra pas en pole position le pouvoir actuel qui se repose sur la base de la victoire tirée des élections organisées unilatéralement sous des règles en sa faveur.
Ceci étant, si cette retrouvaille se tenait, la classe politique à ce dialogue grignoterait, un peu la constitution, pour avoir une rallonge sur la durée du mandat du Chef de l’Etat, afin qu’elle soit dans le temps de préparer et réaliser tous les points qui seront débattus et arrêtés à ce dialogue pour le respect de la parole. Ceci dit, le Congo fera donc face à une autre forme de transition. C’est ici le sens de dire que la présidentielle de 2009, n’aura pas lieu à la date butoir.
Autre chose. Pour y arriver, l’opposition n’acceptera pas que le pouvoir actuel dirige seul cette forme de transition dont on ignore encore la durée. Parmi les points qui seront arrêtés par ce dialogue, elle inscrira donc la formation d’un gouvernement d’union nationale pour permettre à toute la classe politique d’être regardant sur des questions arrêtées par ce dialogue pour un véritable suivi.
C’est, en effet, là où le bas blesse. Car les champions d’une gestion du pouvoir sans partage n’accepteront pas ce mutualisme. Ils feront de telle sorte que certaines exigences ou demandes de l’opposition ne soient pas prises en compte de peur de perdre le pouvoir d’autant plus que le temps va s’arrêter. C’est-à-dire tout sera mis en stand by. Le Président Denis Sassou Nguesso nommera un gouvernement où prendront part toutes les sensibilités politiques et civiles en respect des règles du dialogue, l’Assemblée nationale ne fonctionnera plus à la vitesse d’aujourd’hui, tout comme les autres institutions seront, qui comme dirait, mises en berne, et ces champions n’auront plus l’espace de geler les choses…
Sassou risque de perdre le pouvoir comme en 1992.
Si le Président Denis Sassou Nguesso venait à respecter les conclusions de ce dialogue, à mettre en place un gouvernement d’union nationale, les choses se compliqueront pour le pouvoir actuel qui ne vit que de la fraude électorale. Ce gouvernement qui sera mis en place aura donc la charge de réviser d’une façon franche et correcte le découpage électoral, organiser le recensement administratif, regarder les questions liées aux accessoires d’une élection crédible et transparente, notamment le rétablissement des cartes d’identité et la distribution équitable des cartes d’électeurs… Alors, il sera difficile pour le pouvoir actuel de tripatouiller le résultat de la présidentielle à venir d’autant plus que tous seront impliqués dans l’organisation de celle-ci. Or, au risque de se répéter, la réalité est que le pouvoir actuel vit de la mascarade électorale.
En somme, ce dialogue est une bonne chose, mais la peur réside sur la réélection du candidat du RMP que l’on voudrait élire au premier tour. On doute que ce pouvoir enfanté sous la tricherie des élections, faite à dessein par ce même pouvoir, ait la chance d’appliquer ses techniques. A moins de faire la copie conforme de l’histoire de l’après conférence nationale dont on sait qu’après un président démocratiquement élu, le Congo est revenu au chamboulement de régimes.
Ceci dit, la tenue de ce dialogue de la classe politique congolaise n’arrange pas le pouvoir actuel. Et, beaucoup de questions se posent à ce stade de la situation. Qu’est-ce qui pousse le chef de l’Etat d’organiser ce dialogue ? Denis Sassou Nguesso, après tant de critiques, veut-il revenir à la raison d’appliquer les règles démocratiques comme il le suggère en Afrique dans ses règlements de conflits, ou voudrait-il quitter le pouvoir avec honneur, comme l’ont fait le président Senghor et autres chefs d’Etat ? Est-il influencé par le phénomène pétrole qui lui propulse à la magistrature suprême lors qu’il y a boom pétrolier à l’horizon et quitte le pouvoir lorsqu’il y a baisse des revenus de l’or noir ? Veut-il appliquer une véritable démocratie au Congo en associant toutes les sensibilités du pays ? L’avenir nous le dira.
Patrick Sébastien
Kimpwanza
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