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SOCIETE
Vie chère au Congo Brazzaville : la faim justifie les moyens

2008-04-23 12:53:07 par Kimpwanza

Image de l\Le Congo Brazzaville échappera-t-il aux émeutes de la faim ? L'un après l'autre, les pays africains sont confrontés aux manifestations de colère contre la hausse des prix. Les émeutes de la faim se multiplient partout. Le Maroc, la Guinée, la Mauritanie, le Sénégal, le Burkina Faso, le Cameroun et la Côte d'Ivoire ont également été le théâtre de manifestations directement liées à l'augmentation du prix de produits alimentaires de première nécessité.

" Ce phénomène inquiète bien davantage les gouvernements que l'augmentation du prix de l'essence ", confiait, au Forum de Davos en janvier 2008, Jacques Diouf, le responsable d'un grand organisme international (Le Monde, 08 Février 2008). Si les premières manifestations ont été accueillies par des éclats de rire, la gravité du phénomène est telle qu'il a fait sortir les agents de « La Nouvelle Espérance » de leur tour d'ivoire où coulent le lait et le miel. Comme d'autres Africains les Congolais en ont également assez de se serrer la ceinture et souhaitent enfin qu'on s'intéresse à leur porte-monnaie. Joindre les deux bouts est devenu une gymnastique périlleuse au Congo-Brazzaville où la viande, la volaille et les céréales sont devenus des produits de luxe.


Sauf, bien sûr, pour les agents de « La Nouvelle Espérance » qui se sont accaparé la quasi-totalité de la richesse du pays. Eux se gavent de foie gras, se repaissant de caviar avant de sabrer le champagne.

La ministre congolaise du Commerce, de la Consommation et des Approvisionnements, Jeanne Dambendzet a exprimé récemment la détermination du gouvernement à faire baisser les prix des produits de première nécessité, tels la farine, le lait, le sucre et le ciment qui font l'objet des spéculations sur le marché (J.A, 12 Mars 2008, Xinhua). Parmi les promesses faites par les pouvoirs publics si certaines relèvent de la force du décret ou de la solennité législative, d'autres sont du ressort de l'incantation. A la fin de l'année 2007, sur l'air de « tout va bien madame la marquise », Sassou Nguesso avait déclaré que les indices de performance du Congo-Brazzaville faisaient apparaître une inflation maîtrisée à 4,7 %.

Officiellement, les experts de la zone franc affirment qu'il n'y a pas de problème d'inflation, puisque l'indice des prix n'a jamais été aussi sage. Or depuis quelques années, ce thermomètre semble connaître une panne. Mais, évidemment, les faits sont têtus. Et, comme pour mieux contredire le Tsar d'Oyo, le gouvernement du Congo-Brazzaville a affiché sa détermination à juguler l'inflation galopante. Evoquant le prix élevé de la farine, la ministre a précisé que le Congolais a changé ses habitudes alimentaires : plus personne ne se nourrirait plus de pain dans les familles moyennes, le sac de farine de blé étant vendu à 19.000 FCFA sur le marché à Brazzaville et un peu plus à l'intérieur du pays. Elle a ajouté que le pain de 80 grammes vendu à 75 francs a perdu son poids initial et que le prix du beignet est passé de 25 à 50 FCFA.

Jeanne Dambenzet, qui a lamentablement échoué au ministère de l'Agriculture, cherche la martingale qui réglerait efficacement l'épineuse question de la spéculation. Pour le gouvernement du Congo-Brazzaville et les agents de « La Nouvelle Espérance » qui partagent la responsabilité de la politique économique, cela porte un nom : la stagflation. Et c'est une véritable défaite. La stagflation est un mélange de très faible activité économique à l'instar de la très forte production pétrolière et simultanément de hausse des prix. Une telle situation est contre-nature : le fonctionnement normal de tout marché est que les prix s'assagissent lorsque la demande recule.

Il va donc falloir produire davantage. C'est la lourde tâche à laquelle doit s'atteler Rigobert Maboundou, le nouveau ministre de l'Agriculture du Congo-Brazzaville, un pays qui avait longtemps négligé ce secteur vital de l'économie en dépit des slogans creux du genre : « agriculture, priorité des priorités », « une école un champ », « autosuffisance alimentaire d'ici à l'an 2000 », en attendant qu'il se mue en « grenier d'Afrique ». Car la croissance de l'agriculture et donc la réduction de la pauvreté dépendent d'investissements publics dans les infrastructures rurales (irrigation, routes, transports, énergie...).

Certains spécialistes de la question préconisent d'augmenter les surfaces agricoles, mais le réchauffement climatique et l'urbanisation croissante vont plutôt réduire l'espace disponible. Accroître le rendement est également possible. Mais l'agriculture intensive consomme davantage de financements, de semences, d'engins agricoles et d'eau, un bien qui devient rare et précieux. Reste le développement des organismes génétiquement modifiés, mais leur utilisation est, on le sait, contestée. A l'aube du XXIe siècle, l'agriculture est donc redevenue un problème majeur pour l'humanité.
 
Au regard de la flambée des prix des denrées de première nécessité (riz, huile, lait, savon, carburants) qui provoque des troubles sociaux dans plusieurs pays d'Afrique, la détermination du gouvernement de lutter contre la spéculation des prix viendra hanter chaque jour les murs du palais présidentiel de Mpila, à la manière de la main divine sur le plafond du temple de Babylone où il était écrit : « Mane, thecel, phares », c'est-à-dire « Tes jours seront pesés, comptés et divisés.».

A moins qu'Adelaïde Moundélé-Ngolo, « pompier » de Sassou, parvienne à dissuader les jeunes d'Oyo (cf. Mwinda), désabusés et exclus de la croissance pétrolière de prendre la tête de la révolte. Sassou peut-il accepter que le feu parte de son camp ?

Qui vivra, témoignera.

Benjamin BILOMBOT BITADYS


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